Gaston April


Deux font un, chapitre un


Il est de ces histoires qui nous apparaissent invraisemblables même si elles tirent leur source d'une quelconque intuition. L'une d'elles, ayant parcouru des chemins aléatoires, se présente à nous naïvement et sans prétention.

L'histoire que vous allez lire pourrait appartenir à toutes les époques. Si vous étiez présent à l'une d'elles, vous pourriez être ici aujourd'hui, mais si vous êtes ici aujourd'hui, vous n'y étiez peut-être pas alors. En fait, ainsi en est-il de toutes les histoires.

Étant jeune, il m'arrivait souvent d'accompagner mon grand-père. Un homme de grandeur moyenne, les cheveux bruns et les yeux d'une intensité rare. Il n'était pas possible de distinguer la couleur de ses yeux tellement ils étaient petits et bien protégés par des sourcils fournis, si fournis que tous se demandaient comment mon grand-père s'y prenait pour ne pas se frapper la tête un peu partout.

Il était arrivé au village en 1926, on ne sait d'où. Jusqu'à aujourd'hui, il a gardé le secret sur ses origines. Longtemps, j'ai pensé que grand-mère était elle aussi ignorante du lieu de naissance de son mari. Par contre, tous au village étaient convaincus de ses origines nobles. Malgré ses efforts pour dissimuler tout ce qui pouvait le distinguer des habitants du village, il lui arrivait d'utiliser des mots qualifiés de savants qui ne pouvaient tromper sur son origine.

Dès son arrivée au village, il s'empressa de trouver un lieu pour habiter et vivre. La surprise fut à son comble lorsqu'il fit l'acquisition d'une ferme forestière. Que pouvait-il bien connaître du bois, se demandèrent les habitants, lui qui parle sur le bout de la langue et qui porte des vêtements légers ? Quelques mois plus tard, à la grande surprise de tous, grand-père avait terminé la construction de sa maison. Bien sûr, quelques travaux étaient encore à faire mais cela suffisait pour passer le premier hiver.

Alors qu'il s'était absenté quelques jours pour aller on ne sait où, les habitants se rendirent à sa ferme afin d'y examiner cette construction. Tous voulaient voir les défauts. On ne pouvait croire qu'il ait pu si bien réussir sans avoir utilisé quelques stratagèmes. On sait que les étrangers sont capables de tout quand ils veulent abuser des bonnes gens.

La maison étant aussi belle de près que de loin, les habitants du village jusqu'alors discrets décidèrent de former une délégation et d'aller interroger le curé du village. Il faut savoir que le curé n'était pas un enfant du village et malgré ses dix années de loyaux services, il était encore considéré un peu comme étranger. Il ne fut donc pas surpris par leurs questions. À leur grand désespoir, il leur avoua qu'il n'avait pas rencontré le nouvel arrivant. Il ne savait donc rien de lui. Mais quelques membres s'en retournèrent convaincus que le curé en savait plus qu'il ne disait.

Dès son retour, mon grand-père annonça son mariage avec la plus belle fille du village encore libre. Ce ne sont pas les prétendants talentueux qui manquèrent, mais à chacun elle répétait qu'elle attendait son prince charmant. On la croyait un peu dérangée et tous pensaient qu'elle finirait vieille fille.

Ils se marièrent et s'installèrent dans leur maison. Peu de temps après naquit mon père.

Tous étaient surpris de la grande connaissance du monde de la forêt et de ses habitants que pouvait avoir mon grand-père. Il était intarissable sur ce sujet et n'appréciait guère qu'un importun l'interrompe sauf en certaines circonstances : des réunions familiales pendant lesquelles, un petit verre dans le nez, mon grand-père acceptait d'être interrompu. En d'autres temps, impossible de l'arrêter. Il avait pour son dire que toute question mérite une réponse et que la personne qui pose une question le fait en connaissance de cause et se doit, par respect, en écouter toute sa longueur.

Nous sommes au milieu du XXe siècle, la télévision vient d'apparaître dans quelques maisons du village. Mon grand-père est impressionné par tout ce qu'il y voit et y entend. Lui, habitué des bois, comprend la nécessité de cette invention et comprend encore mieux son utilité. Mais prudent comme il se doit pour celui qui est habitué de fréquenter des lieux méconnus des hommes, il se garde bien de vanter tous les mérites de ce mirifique appareil.

Par contre, un doute traverse son esprit. Qu'adviendra-t-il de tous les raconteurs d'histoire qui font vibrer les villageois et qui les font rêver des plus folles aventures ? Seront-ils à la hauteur, seront-ils capables de rivaliser avec cet appareil sophistiqué? Il songeait également à ces raconteurs d'histoire qui ne sont pas de vrais raconteurs mais qui nous instruisent par les quelques paroles qu'ils prononcent de temps à autre.

Il ne savait qu'en penser mais il s'était dit qu'il était grand temps qu'il m'imprègne de la plus folle de ses histoires, une histoire qu'il m'a fait promettre de ne pas répéter avant que le XXIe siècle ne soit bien débuté. Qu'il soit suffisamment avancé pour que les doutes de certains sur une éventuelle catastrophe mondiale capable de détruire la planète se soient estompés.

Mon grand-père était de la race de ceux qui n'aiment pas répéter deux fois la même histoire, il avait l'impression de perdre son temps. Que ceux qui entendent répètent au moins une fois pour en assurer la pérennité, telle était sa maxime. Fort heureusement, les gens de cette race sont rares mais peut-être deviennent-ils écrivains !

Un jour que nous marchions à l'orée d'un grand bois, mon grand-père, habituellement très silencieux, risqua quelques paroles. Je crus alors qu'il amorçait le début de son histoire mais tel ne fut pas le cas. Il voulait me rassurer, me confiant que toutes les forêts sont semblables malgré les différences apparentes aux yeux des néophytes. Il disait que celui qui, un jour, a traversé une forêt inconnue, est habilité à conseiller sur les précautions à prendre pour éviter les pièges qui nous attendent à chaque détour. Il me prévint que les précautions doivent être instruites par ceux qui ont l'expérience de la traversée et qu'il fallait se méfier de ceux qui prétendent l'avoir traversée. Il m'expliqua donc les précautions d'usage avant d'entreprendre la traversée d'une forêt inconnue car il était convaincu que je deviendrais comme lui un coureur des bois. Il ne pouvait passer outre à cette obligation.

Je dis obligation car dans notre famille, la connaissance ne se transmet pas de père en fils mais bien de grand-père en petit-fils. Ainsi mon père apprit ce qu'il sait de son grand-père et c'est mon père qui fera le nécessaire pour mes fils. Il en est également de même des grands-mères, des mères et des filles.

Cela explique pourquoi dans notre famille nous avons quelque fois l'impression que certains parmi nous ne vivent pas à la bonne époque. Mais nous sommes habitués.

De toute façon, mon grand-père est d'avis que nous sommes tous des coureurs des bois et que malgré la réduction du nombre de forêts vierges, il s'en trouvera toujours une à l'orée de laquelle chacun se retrouvera un jour. D'ailleurs, l'histoire qu'il va nous raconter est celle d'un homme et d'une femme marchant à l'orée d'une forêt inconnue se demandant s'ils allaient en entreprendre la traversée.

Je me suis longtemps interrogé sur les circonstances qui ont permis à mon grand-père de connaître ces deux personnes. Il a passé toute sa vie à voyager dans un rayon de quelques kilomètres de sa grande forêt. Mais vous allez constater à la lecture de cette histoire que ma question et sa réponse sont bien anodines comparées à toutes celles qui vont surgir dans votre esprit.

Ainsi, plusieurs mois après m'avoir annoncé sa fameuse histoire, mon grand-père en débuta lentement le fil, et chose rarissime, il dérogea de son code personnel pour me la raconter en plusieurs étapes. Pendant les quelques mois qui suivirent, nous nous rendîmes à l'orée de son grand bois et assis sur une souche, il racontait.

Il ne supportait pas de répéter et n'acceptait pas non plus d'être interrompu. Et pas question de prendre des notes pendant qu'il parlait. Mon grand-père ne l'aurait pas accepté car pour lui, une histoire est faite pour être écoutée, pas pour être écrite. Mais il ignorait que de retour à la maison, je m'empressais de mettre sur papier les mots entendus. Autrement, je n'aurais jamais été capable de la raconter au début du XXIe siècle tel qu'il me le demandait.

Elle se déroulait sur d'autres continents et il en parlait comme celui qui a vu de ses yeux tous les événements et de ses oreilles entendus tous les mots, même les plus silencieux. Il se pourrait bien qu'il ait entendu une histoire semblable de son grand-père et qu'il l'ait adaptée au temps présent.



Chapitre Un : L'étranger

En notre petit village, il n'est pas coutume de parler à des étrangers d'un autre continent. Nous les craignons beaucoup car ils sont étranges. Il s'en faut peu que les habitants du village voisin soient considérés quelquefois comme tels, alors imaginez ceux d'un autre continent. Souvent, ces gens se présentent chez-vous affublés de vêtements bizarres, que l'excentrique du village aurait été incapable de porter. Et que dire des mots tout aussi curieux qu'ils utilisent pour s'exprimer et ce avec un accent épouvantable qui rendent ces mots incompréhensibles pour toute personne normalement constituée.

Il y a de cela quelques années, nous reçûmes la visite d'un tel étranger. Il s'était arrêté à la première maison du village pour s'enquérir du lieu de la résidence du curé. Mal lui en pris, les habitants de la maisonnée prirent peur, s'enfuirent par l'arrière et surveillèrent du fond de la cour son départ de leur maison. Notre étranger, loin de se laisser décourager par cette réception se rendit chez le second voisin.

Il faut savoir que notre village ne comporte qu'une seule rue et malgré l'absence de moyens de communication rapides, tout le village connaissait déjà la présence de l'étranger. Tous étaient curieux de connaître les raisons de sa présence.

Les résidents de la deuxième maisonnée étant un peu plus courageux, le voyant arrivé, décidèrent de l'attendre tout en prenant quelques précautions. C'est ainsi que la maîtresse de maison, bien campée sur ses talons, se présenta à lui du haut de l'escalier extérieur, celui qui mène à la porte d'entrée avant. Pendant ce temps, son mari s'installa à l'abri, derrière la porte, tenant dans ses mains tremblantes le fusil qui lui avait servi à tuer un ours énorme il y a de cela quelques mois.

La pauvre femme ne comprenait pas un mot de ce que disait l'étranger. Elle lui demanda de répéter trois ou quatre fois sans résultat. L'étranger constatant lui aussi la difficulté de la situation, ajouta quelques signes à ses mots. C'est de même qu'elle pu lui expliquer l'endroit qu'il recherchait. Le mari n'eut pas besoin de son fusil et en fut fort heureux.

L'étranger se remit en route et longeant toutes les maisons, il put y apercevoir un visage à chaque fenêtre. Il n'était pas impressionné par cette curiosité. Il avait l'habitude. Il n'en était pas à son premier voyage en un pays lointain. Et à chaque fois, il en était ainsi lorsqu'il devait se rendre dans de petits villages.

Il s'arrêta devant la plus grande maison du village, certains pourraient penser qu'il s'agissait de l'hôtel. Mais c'est à la maison du curé qu'il était et c'est madame curé qui le reçut sur le perron. Elle tenait dans ses mains le balai qui lui servait à nettoyer les marches de l'escalier. Elle l'attendait de pied ferme.

Madame curé avait la réputation d'une femme robuste que l'homme fort du village n'osait même pas provoquer. Elle avait hérité de la force et de la taille de sa mère et soyez assuré que l'une et l'autre ne lui faisaient pas défaut.

Du pied de l'escalier, l'étranger demanda à voir monsieur le curé. Madame curé, étant plus éduquée que le villageois moyen, éprouva moins de difficultés à comprendre les propos de l'étranger.

- Et pour quel motif, lui demanda-t-elle ?

L'homme un peu hésitant, lui répondit que c'était pour une affaire personnelle et qu'il avait une enveloppe à remettre au curé du village.

- D'où venez-vous, lui demanda-t-elle sans gêne ?

Bien qu'il considérait la question impertinente, il y répondit de bon coeur.

- J'arrive d'un pays étranger…

Sans lui laissez le temps de terminer sa phrase, elle ajouta :

- Vous ne m'apprenez rien, c'est bien évident. Les vêtements que vous portez et les mots qui sortent de votre bouche ne sont pas d'ici. De quel pays, ajouta-t-elle ?

Elle avait besoin de plus de précisions. Elle tenait à s'assurer que monsieur le curé ne courait aucun danger à le recevoir.

- De la Belgique.

- Et c'est où ça, la Belgique ?

Constatant par cette dernière question que madame curé n'était pas très instruite en géographie et lui connaissant bien celle du Québec, il lui répondit que la Belgique est un petit pays voisin de la France.

- Ah la France, bien sûr que je connais la France. C'est un vieux pays. Êtes-vous aussi un vieux pays ?

- Oui, madame.

Elle avait examiné les mains de l'étranger et de toute évidence, ses mains n'avaient pas la pratique du travail manuel. Elles étaient tellement belles et soyeuses que madame curé se demanda si elles avaient déjà travaillé.

- Et que faites-vous comme travail ?

Notre visiteur commençait à perdre patience. Il trouvait la dame bien impertinente, mais il ignorait toutes les responsabilités dévolues à un tel personnage. Il ne savait pas qu'en notre village, madame curé s'était sacrée grande protectrice du curé. C'est pourquoi, tous les visiteurs devaient d'abord franchir le barrage de son interrogatoire pour se rendre jusqu'au curé. Il est bien certain que les habitants du village bénéficiaient d'un questionnaire allégé. Elle les connaissait tous. Elle leur posait quelques questions uniquement pour la forme et surtout pour bien affirmer sa réputation de gardienne.

- Je suis huissier, madame.

- Je n'ai jamais entendu un mot pareil.

Il n'en fallait pas plus pour augmenter la cote de sécurité à imposer à notre visiteur.

- Et qu'est-ce que ça fait un huissier ?

À bout de patience, il répondit que le huissier est semblable au postier. Il apporte des nouvelles, quelquefois bonnes mais plus souvent mauvaises.

- Et pourquoi alors le postier n'est pas venu lui-même ?

- Parce que la nouvelle que j'apporte vient de loin et qu'elle est en partie contenue dans cette enveloppe que voici.

- Et l'autre partie ?

- Je dois la transmettre verbalement à qui de droit. Dans les circonstances, c'est votre curé qui doit entendre ce qui n'a pas été écrit.

Madame curé avait posé toutes les questions possibles de son répertoire. Elle ne savait plus que dire. Elle ne pouvait le laisser entrer sans avoir un aperçu de la nouvelle que recevrait son curé.

Il est bien certain qu'elle avait maintenant la certitude de la qualité du visiteur. Mais son intérêt n'était plus la sécurité, la curiosité avait pris le dessus. Elle voulait absolument connaître les motifs de cette visite.

C'est alors que lui passa par la tête une idée que normalement une servante de curé ne devrait jamais avoir. Elle hésita un peu mais pas assez longtemps pour bien peser toute la gravité du geste.

- Monsieur le curé s'est absenté. Vous pourriez me confier votre message et votre enveloppe, je les lui transmettrai avec plaisir.

Notre huissier en a vu d'autres. Il a bien deviné le stratagème et loin de se laisser prendre, il décide de jouer le jeu.

- Rassurez-vous madame, je viens de l'apercevoir à l'arrière de la maison. Il était sûrement de retour et a oublié de vous en informer.

La pauvre femme était désemparée. Elle ne savait que faire. Il n'était pas question pour elle d'utiliser son autorité proverbiale ou d'exiger comme elle l'a fait en quelques circonstances extraordinaires que le visiteur fasse connaître l'objet de sa visite sans quoi elle ne l'introduirait pas auprès de monsieur le curé. Elle commençait à se demander si les circonstances pouvaient être qualifiées d'extraordinaires. Plus elle y réfléchissait et plus elle trouvait que l'autorité serait de mise : un étranger, huissier de surcroît, d'un vieux pays et qui apporte une enveloppe contenant un message secret...

Elle n'en pouvait plus. Alors qu'elle allait ouvrir la bouche pour réclamer la vérité, elle se ravisa. Si son autorité est reconnue dans son village, il est peu probable qu'elle le soit au-delà des frontières de celui-ci et l'étranger ne s'en trouverait pas impressionné. Elle risquait de perdre la face. Il n'en était pas question. Elle décida de changer de tactique.

Empruntant un ton mielleux (se disant qu'il en serait fait de sa réputation si un villageois l'entendait) et voulant se montrer agréable, elle prétendit que si monsieur le curé était de retour sans l'avoir informée, c'est qu'il avait décidé de faire une petite sieste.

- Vous le savez peut-être : notre curé n'est plus très jeune et il lui arrive souvent de faire la sieste en milieu de journée. Il est sûrement allongé et il n'apprécierait pas se faire réveiller avant de l'avoir complétée, même par le plus important des étrangers ayant traversé ce village depuis les trente dernières années.

De toute évidence, cette femme ne lâcherait pas prise se dit le huissier (après tout, elle a peut-être la permission du curé pour connaître les motifs de tout visiteur de vouloir le rencontrer).

Comme il se préparait à divulguer les motifs de sa visite, le curé se présenta dans l'embrasure de la porte. À voir son air, il avait certainement entendu les derniers moments de leur conversation.

Mais madame curé, loin de se laisser décontenancer, encaissa le regard du curé et enchaîna.

- J'allais vous prévenir de la visite de cet étranger, monsieur le curé. Ce monsieur arrive de très loin et il est certainement très fatigué. Si vous êtes d'accord, nous pourrions l'héberger pour le repas du soir et la nuit !

- (Pas question de passer la nuit dans la même maison que cette femme. Elle est bien capable de verser une potion qui me ferait parler pendant mon sommeil). J'apprécie votre grande générosité mais je me vois au regret de décliner votre invitation. Je suis attendu en soirée chez des amis que j'ai vus il y a fort longtemps. Il serait très impoli de ne pas me présenter.

Un léger soupir de soulagement, à peine perceptible, jaillit de la poitrine du curé. Pendant ce temps, le visage de madame curé tourna au rouge avant de devenir complètement violacé.

- Très bien dit-elle. Si monsieur le curé est prêt à vous recevoir maintenant, qu'il en soit ainsi.

(Grand-père me semblait fatigué. Voilà maintenant plus d'une heure qu'il parlait en faisant ici et là quelques pauses que j'appréciais grandement. Il ouvrit les yeux, cela signifiait qu'il en avait assez dit pour cette première séance. C'est vrai, je ne vous ai pas dit que grand-père raconte les yeux fermés. Un jour qu'il avait un petit verre dans le nez, j'osai lui demander pourquoi. Il me répondit qu'il avait rencontré un grand conteur irlandais qui lui aussi fermait les yeux pendant qu'il contait. Le conteur lui avait alors expliqué la technique et grand-père, après quelques essais infructueux, en arriva à la pleine maîtrise. Il m'expliqua qu'en fermant les yeux, les images lui viennent comme s'il était présent à l'époque et sur les lieux de l'histoire qu'il raconte. Pour ma compréhension d'enfant, il ajouta que tout se passe dans sa tête comme les images qui se présentent sur l'écran de cette invention qu'on appelle télévision.

Quoiqu'il en soit, j'étais ravi de la décision de grand-père de reporter la suite. J'avais la tête pleine et je me devais de courir à la maison pour prendre des notes avant de tout oublier).